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23 janvier 2017 : Rencontre avec Ava Cahen

Woody Club, Clap Mag et Woody Allen : profession cynique, Archipel

23 janvier 2017 : Rencontre avec Ava Cahen

 

"La mélancolie est l'ennemie numéro 1 du cynisme. Ces deux états se combattent en permanence chez Allen. Mais dans Café Society, c'est la mélancolie qui l'emporte."  (Ava  Cahen) 

 

 

A l'occasion de la séance du 25 janvier 2017 du Woody Club au Christine 21 (Film : Crimes et délits ; L'invité : Félix Moati) et à l'occasion de la sortie du numéro 13 de Clap! Mag, nous avons posé quelques questions à Ava Cahen qui était venue à la librairie en novembre 2015 dédicacer son livre Woody Allen, profession : cynique, Editions de l'Archipel.

 

1) Votre livre Woody Allen, Profession : cynique est paru en novembre 2015. Il s'agit d'une analyse de l'évolution de l'oeuvre de Woody Allen du point de vue du cynisme. Vous le peignez en provocateur mi-Diogène, mi-moderne. Pouvez-vous nous rappeler en quelques mots ce que vous entendez par là ? J'aimerais également savoir d'une part ce qu'en a pensé Woody Allen, s'il a pu savoir ce qu'il y avait dans le livre, et, d'autre part, comment vient s'intégrer à cette réflexion un film sorti par la suite, à savoir Café Society ?

 

Allen a toujours eu une conscience aiguë du monde (sa beauté et ses horreurs), et ce dès le plus jeune âge. Une certaine forme de lucidité insolente qui le distinguait de ses autres camarades et continue de le distinguer de la plupart des grands réalisateurs américains aujourd'hui. Amateur de philosophie (il a lu Sartre, Kant, Spinoza, Nietzsche...), Allen lui accorde une place fondamentale dans ses films (Irrational Man en est le dernier exemple en date). C'est un prisme indispensable. Tout au long de sa filmographie, on retrouve des thèmes récurrents : la méfiance vis-à-vis de la démocratie et de la politique en général, le rejet des normes établies, des lois divines, des modes, la réhabilitation du corps et la nécessité d'en écouter ses bruits et besoins, la quête de liberté, le détachement moral, la mise en balance du bien et du mal ... Et les réflexions qui accompagnent ces thèmes se confondent souvent avec les pensées cyniques. Allen est moins extrême que Diogène qui entendait rompre avec tous les codes sociaux et vivait comme un marginal. Mais il y a de nombreux rapprochements théoriques et rhétoriques entre Allen et Diogène (tout le monologue d'ouverture de Whatever Works par exemple en dessine les contours). Grâce à mes complices Alain Grasset du Parisien et Caroline Vié de 20 Minutes, le livre a été remis à Woody Allen, qui semblait ravi du cadeau. Il leur a dit de me transmettre ses amitiés et qu'il se ferait traduire le texte car "le sujet l'intéresse beaucoup". J'ai trouvé ça très drôle. J'ai pour preuve de cet épisode une magnifique photo de Woody avec mon livre en main. La plus belle des récompenses. Quant à Café Society, ce n'est pas un film cynique à proprement parler, même si Allen ose certaines scènes ou répliques piquantes et acides. Tout le film baigne dans la mélancolie. Et la mélancolie est l'ennemie numéro 1 du cynisme. Ces deux états se combattent en permanence chez Allen. Mais dans Café Society, c'est la mélancolie qui l'emporte - le film se terminant sur un regard lointain et un cœur qui soupire (parce qu'il n'a pas ce qu'il désire). J'ai trouvé ce film bouleversant, plein d'échos à ses œuvres précédentes comme Radio Days ou Stardust Memories et aux comédies de Lubitsch.

 

2) Vous êtes également directrice de la rédaction du magazine cinéma-séries Clap!. Pouvez-vous nous parler de sa ligne éditoriale d'une part et d'autre part du passage du web seul au couple web/papier ?

 

L'histoire de Clap! a commencé en 2010, sur le web, mais aussi en version papier car il existait déjà des numéros de 32 pages distribués gratuitement dans certaines salles de cinéma parisiennes. En 2013, nous avons commencé à réfléchir à l'élaboration d'un magazine cinéma et séries plus consistent, toujours indépendant, qui voulait renouer avec les dossiers de fonds, les analyses thématiques et les choix critiques audacieux. Un titre libre qui choisit ses couv', ses sujets et ses entretiens (reflets de notre position éditoriale). Le magazine Clap! a donc démarré sa grande aventure dans les kiosques en 2014, grâce au financement participatif, ce qui était une première pour le lancement d'un magazine ciné-série français ! Nous avons débuté en trimestriel avant de devenir bimestriel en 2015, fort des soutiens que nous avons obtenus en un an. Toute la rédaction de Clap! est à la fois cinéphile et militante (notre statut associatif l'implique de fait). Notre ligne repose sur ces axes principaux : mettre en lumière les talents émergents du petit et grand écrans, réfléchir aux questions sociétales soulevées par la fiction, réviser les classiques autrement ... Clap! est souvent du côté du cinéma indépendant, et nous avons d'ailleurs ouvert depuis peu un ciné club au Christine 21 dédié aux films inédits. Des films qui n'ont pas de distributeur et donc pas accès au circuit classique des salles et que nous projetons dans le cadre d'une soirée spéciale au public. Clap! est également partenaire de la Queer Palm à Cannes et de différents festivals et événements cinéma et séries.

Le site internet (clapmag.com) existe en parallèle. On y retrouve des critiques, des interviews, des comptes-rendus des festivals auxquels la rédaction se rend, des focus séries ...

 

3) Revenons à Woody Allen. Tous les deux mois, en collaboration avec le Christine 21, une séance est consacrée à un film de Woody Allen avec un invité qui vient accompagner le film. Je me souviens que déjà à la fin des années 1980, c'était dans ces salles qu'on allait voir les Woody Allen. Avec votre club, c'est autre chose, c'est une occasion de voir les films de Woody Allen progressivement, sur le long terme.

 

Absolument. La réalisatrice Axelle Ropert m'a raconté que sa mère le croisait régulièrement dans cette salle et qu'il s'y rendait majoritairement pour voir des comédies de Lubitsch. Créer le Woody Club au Christine 21, c'était donc magique. Nous projetons en effet les films du réalisateur sans respecter la chronologie de sa filmographie. Nous avons commencé par September et Stardust Memories, deux films rarement projetés et même diffusés en télé. Nous voulions reconnecter les spectateurs avec le cinéaste new-yorkais (que certains boudent parfois) en créant des rendez-vous originaux et en misant d'abord sur la projection de longs métrages moins "populaires" que Manhattan, Annie Hall ou Match Point. Nous avons reçu Marie-Christine Barrault, pour la projection de Stardust Memories, qui nous a ravis de ses anecdotes sur Woody et le tournage du film. C'était formidable. Le 25 janvier, c'est Félix Moati, allenophile, qui viendra parler de son amour pour Crimes et délits. Allen a écrit et réalisé près d'une cinquantaine de films. Le Woody Club a donc de beaux jours devant lui ! Chacun des films d'Allen mérite d'être (re)vu en salle.

 

4) Le dernier numéro de Clap! est paru. Je vous propose de nous parler de votre coup de cœur pour "Compte tes blessures" et de votre dossier sur la diversité dans le cinéma et les séries.

 

Nous rêvions de faire la une d'un de nos numéros sur un premier film (un geste fort, pour nous et pour notre lectorat). Lorsque nous avons découvert Compte tes blessures, nous savions qu'il était l'élu. Morgan Simon, le réalisateur a un talent fou. Le film nous a touchés pour diverses raisons. Parce qu'il est singulier. Parce qu'il est écrit avec finesse et sincérité. Parce que les acteurs sont incroyables. L'énergie de ce premier film est communicative. D'ailleurs, de nombreux festivals ont récemment récompensé le travail de Morgan Simon et son équipe. A star is born, comme on dit. Nous réservons 8 pages au film dans le dernier numéro (entretien avec le réalisateur et Monia Chokri, à l'affiche avec Kévin Azaïs et Nathan Willcocks). Nous consacrons également dans ce numéro une enquête de 30 pages sur la diversité dans la fiction française. Pour lutter contre les clichés (à la peau dure), nous avons interrogé des acteurs, des réalisateurs, des producteurs, des scénaristes et des distributeurs sur cette épineuse question et sur les défis de la fiction française dans les années à venir. C'est un numéro qui nous tient particulièrement à cœur car il cherche définitivement à faire bouger les lignes.

 

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