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3 décembre 2016 : Rencontre avec Mathieu Germain

Hal Hartley, éditions Lettmotif

3 décembre 2016 : Rencontre avec Mathieu Germain

Mathieu Germain a dirigé l'ouvrage collectif "Hal Hartley" publié aux éditions LettMotif. Il a bien voulu répondre à quelques questions à l'occasion du lancement du livre qui a eu lieu à la librairie le samedi 3 décembre 2016.

 

1) Hal Hartley est depuis la fin des années 80 et le début des années 90 un cinéaste que l'on peut dire culte. Le livre collectif que vous publiez aujourd'hui propose une expérience de lecture très intéressante et stimulante. Il s'ouvre sur des notes manuscrites de Hartley avec traduction, se poursuit avec des entretiens avec le cinéaste et des acteurs et actrices et prend ensuite des allures de récit tout en faisant la part belle à des analyses de critiques passionnés par le cinéaste. Pouvez-vous nous parler de la genèse de ce projet ?

 

J'avais envie de faire quelque chose depuis très longtemps autour de Hal. Je me rappelle encore regarder pour la première fois Fay Grim, en 2006 je crois, et me rendre compte soudain que plus personne n'y prêtait attention. C'était un peu comme de se retrouver seul dans une salle de cinéma alors que le film est génial. Énorme incompréhension. Vers 2012, j'ai fait la rencontre de Jean-François Jeunet de LettMotif, qui a dès le départ été très enthousiaste, ce qui fut une vraie surprise et un énorme encouragement. Nous avons publié le scénario de The Girl From Monday et édité le DVD du film, qui n’était pas disponible en France. C’était un premier effort pour « ramener » Hal en France, le rappeler au public. Je savais que je ne pouvais pas être le seul admirateur perdu… C’est grâce à Jean-François encore qu’est venue l’idée d’un ouvrage collectif. Via une amie commune, j’ai fait la rencontre de Pacôme Thiellement et les choses se sont enchaînées assez rapidement à partir de là. Hal me connaissait depuis pas mal d’années à ce stade et savait que ma démarche ne serait pas purement « analytique ». C’est ce qui l’a décidé à nous ouvrir ses archives, ce qui a été très généreux de sa part. J’aime énormément que le livre prenne le chemin du récit, comme vous l’avez noté. C’est en grande partie dû aux textes de JC Martin, qui donne ce fil narratif en fond et nous amène jusqu’à Ned Rifle. Le livre se présente en fin de compte comme un petit road-movie qui aurait pu s’intituler : « à la recherche de Hal Hartley ». Nous ne voulions surtout pas que cela soit une série d’études.

 

2) Il y a donc Hartley tout d'abord avec ses notes manuscrites, une intervention auprès d'étudiants, ses entretiens dont en particulier un avec Godard pour Filmmaker en 1994.

 

Oui, les textes de Hal et l’entretien avec Godard servent à rappeler certains fondements de son cinéma, de son travail - de ce qu’il a de si particulier. L’entretien avec Godard est une conversation sidérante pour moi : songez seulement au fait que Hal y évoque la possibilité de se distribuer par ce qu’on ne nommait pas encore le « streaming », et nous sommes en 1994 ! Petit détail amusant d’ailleurs, alors que Godard s’oppose à cette idée de streaming duant cette conversation, son « Film socialisme » a pendant un moment été disponible sur Netflix, alors qu’on n’y verra finalement jamais un Hartley.

 

3) Deux autres points d'orgue du livre sont les entretiens avec Martin Donovan et Elina Löwensohn. Pouvez-vous nous donner une idée de ce que ces deux icônes nous disent de la direction d'acteurs d'Hartley ?

 

Ils disent essentiellement que c’est un pur moment de bonheur et qu’il a grandement participé à leur manière d’aborder le problème. C’était très touchant de sentir le profond amour qu’ils lui portent tous deux. C’était un peu comme de pouvoir parler à son frère et à sa sœur. Elina souligne d’ailleurs que Hal l’appelle parfois « ma sœur ».

 

4) Une autre dimension du livre est l'ensemble des textes que des auteurs très différents consacrent à Hartley. il y a des textes analytiques mais aussi des dialogues, toujours avec un approche très personnelle.

 

Il y a une raison toute simple à cette approche personnelle : Hartley déteste voir son travail déconstruit par des critiques et encore une fois, ce n’était tout simplement pas notre but. Notre objectif était de rappeler que Hal existe dans un pays totalement amnésique à son sujet (et hélas sur bien d’autres sujets). Pour moi comme pour tous les auteurs du livre, cette situation est aussi injuste qu’absurde. Parler de cinéma américain sans évoquer Hal Hartley est une chose incroyable à mes yeux. Voilà, le but c’était ça : se rappeler et revoir les films bien sûr. Nous avons organisé un certain nombre de réunions pour la préparation du livre, se répartir les sujets, etc. Nous les avons vécues comme des réunions de société secrète et ce sentiment n’était pas désagréable.

 

5) Le livre est également très riche d'une belle iconographie. Il y a les notes donc, mais également des photos qui donnent son rythme tout à fait prenant au livre.

 

C’est encore Jean-François Jeunet de LettMotif qu’il faut remercier pour ça. Son travail est fantastique et si lui n’a pas écrit un mot, je crois que son amour du cinéma de Hartley est pleinement exprimé avec ce travailil. Sans être purement chronologique, son choix pour l’iconographie montre à la fois des images cultes – dont celles de la regrettée Adrienne Shelly – mais aussi la richesse et l’évolution du travail de Hartley, comme cette page magnifique où s’étale le portrait de Robert John Burke en monstre. 

Tout ça annonce de bien belles choses puisque nous n’allons pas nous arrêter là. Je ne peux encore rien dévoiler à ce stade mais je peux dire que LettMotif a encore des choses à livrer au public concernant ce M. Hal Hartley.

 

 

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