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6 juin 2017 : Entretien avec Frédéric Sojcher à l'occasion de la parution de "La direction d'acteur" aux Impressions nouvelles

6 juin 2017 : Entretien avec Frédéric Sojcher à l'occasion de la parution de

 

"Parler de la direction d'acteur, c'est s'interroger sur ce qu'est le cinéma." (Frédéric Sojcher)

 

1) Non seulement il y a peu de livres en français sur la direction d'acteur, mais en plus La Direction d'acteur qui paraît ces semaines-ci dans sa troisième édition aux Impressions Nouvelles présente au moins une double originalité. D'une part, les entretiens avec les réalisateurs qui le composent se déroulent dans le cadre de rencontres d'un Master. D'autre part, ces rencontres ont lieu depuis 10 ans : il y a donc diversité des metteurs en scène, mais également une profondeur dans le temps qui commence à se faire jour.

 

Il y a en effet très peu de livres sur la direction d'acteur au cinéma. On peut mentionner le passionnant livre de Jacqueline Nacache, Les acteurs, paru aux Editions Armand Colin, mais ce n'est pas "la direction d'acteur" qui en est le sujet principal. De nombreux cinéastes parlent de leurs rapports aux acteurs dans des entretiens, mais ils n'évoquent, et c'est normal, que de leur propre pratique. 

La spécificité du livre que j'ai coordonné est de donner la parole à plusieurs cinéastes qui ont des démarches très différentes. On décèle des points communs dans leur direction d'acteur, mais aussi des "méthodes" parfois opposées les unes aux autres. C'est je pense tout l'intérêt de cet ouvrage. Ne pas donner une "recette" valable une fois pour toutes. Chaque lecteur pourra dès lors découvrir l'approche qui lui semble la plus proche de sa personnalité. 

On peut aussi lire le livre, et j'espère y  prendre du plaisir, sans être acteur ou cinéaste. Tout simplement, parce qu'il y a un côté romanesque à explorer l'envers du décor des films, à découvrir "comment cela se passe". 

 

2) On a tendance à parler de générations dans le cinéma. Cependant, à la lecture du livre, il apparaît bien une continuité des problématiques qui se posent aux réalisateurs. Par exemple, 30 ans séparent Michel Deville d'Oliver Assayas, mais il y bien la question, originaire dans la direction d'acteur, du choix du comédien.

Quand on lit les réflexions de Jean Renoir sur la direction d'acteur ou que l'on a des témoignages sur la manière qu'avait Maurice Pialat de travailler avec ses acteurs... on se rend compte qu'au-delà des années qui nous séparent de leurs films, les questions restent les mêmes.

J'essaye, dans un texte introductif, de cerner quelles sont ces questions. 

La première édition du livre La direction d'acteur a eu lieu il y a exactement dix ans. Raison pour laquelle figure parmi les cinéastes qui nous donnent leur témoignage Patrice Chéreau. C'est l'un des plus grands directeurs d'acteur qui soit. Michel Deville est selon moi un cinéaste injustement méconnu des nouvelles générations de spectateurs. Je suis persuadé qu'il sera redécouvert, tôt ou tard, comme Claude Sautet, qui de son vivant ne faisait pas l'unanimité critique et qui bénéficie aujourd'hui d'un consensus. Michel Deville raconte entre autre dans le livre, comment il lui est arrivé de diriger des acteurs, avec de la musique. Les exemples donnés sont très concrets. Olivier Assayas et Bruno Dumont nous dévoilent aussi une partie du "mystère" de leur façon de mettre en scène. 


3) Que nous apprend le livre sur les conceptions différentes éventuelles sur la direction d'acteur au théâtre et au cinéma ?

Au théâtre, l'acteur est le Roi. Il sait quand il entre et sort de scène, la représentation se fait d'un seul tenant. Au cinéma, le découpage technique, les différentes prises et surtout le montage morcellent le travail de l'acteur. Il y a quelque chose d'organique dans un film, qui ne peut se finaliser qu'après le tournage, en l'absence de l'acteur. Les cinéastes "dirigent" les acteurs au tournage, mais aussi à la table de montage. 


4) Une autre question qui traverse les entretiens est la différence de rapport aux acteurs en fonction de leur statut : les professionnels et les non-professionnels, les stars, les vedettes, les débutants...

 

Claude Lelouch fait une très juste division entre star, vedette et acteur. Une star, on vient voir un film pour elle, quel que soit le film. Une vedette, le public la connaît, mais ne vient la voir que si le sujet du film ou le reste du casting l'intéressent. Un acteur n'est pas forcément connu. Serge Regourd, grand spécialiste de l'exception culturelle, raconte aussi dans le livre combien la question des acteurs dits "bankable" et des seconds rôles est politique. Comme toujours dans le cinéma, les interactions entre l'économie et le domaine artistique existent. 


5) Dans cette nouvelle édition, les nouveaux venus sont Stéphane Brizé et Cédric Klapisch. Pouvez-vous nous donner une idée ce que ces entretiens nous disent sur leur travail à eux tout en complétant le panorama entrepris il y a dix ans ?

C'est avec Stéphane Brizé que Vincent Lindon a obtenu le Prix d'interprétation à Cannes, pour La loi du marché. Dans ce film, Vincent Lindon avait des partenaires non-professionnels. Il est intéressant de voir comment un acteur dont jouer est "le métier" et des amateurs peuvent travailler ensemble. Stéphane Brizé raconte aussi comment les rapports entre dispositif de caméra et jeu interagissent. Cédric Klapisch fait le lien entre scénario et direction d'acteur. Il faudrait pour chaque scène, quand on est cinéaste, pouvoir dire à l'acteur quel est l'objectif qui le meut. Ce qui automatiquement entraînera le sous-texte. Cédric Klapisch raconte aussi son expérience sur la première saison de la série "10%". Comment les acteurs d'une même série peuvent-ils être dirigés par un réalisateur différent, d'un épisode à l'autre. 

Parler de la direction d'acteur, c'est s'interroger sur ce qu'est le cinéma. 

 

 

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